Le Monde
15 fevrier 2004L'Irak et ses voisins ont solennellement appelé, dimanche 15 février, au terme de leur réunion à Koweït, à la fin de l'occupation du territoire irakien et plaidé pour un rôle vital des Nations unies dans le processus de transfert de souveraineté aux Irakiens. Un communiqué final, adopté après de longs débats samedi soir, souligne "l'importance de développer le rôle de l'ONU", pour qu'elle prépare le terrain "à la fin de l'occupation le plus tôt possible" de l'Irak.
Ce texte en 11 points ne mentionne pas nommément les Etats-Unis, principale puissance occupante de l'Irak depuis le renversement de l'ancien régime baassiste en avril 2003. Pourtant, le ministre syrien des affaires étrangères, Farouk Al-Chareh, soutenu par son homologue iranien Kamal Kharazi, avait réclamé que le texte final mentionne "la fin de l'occupation américaine de l'Irak", ont indiqué à l'AFP des membres du comité de rédaction.
Dans cette déclaration sans précédent dans la région, l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite, la Syrie, la Jordanie, l'Egypte, l'Iran et la Turquie ont également salué "la décision du peuple irakien de juger les dirigeants de l'ancien régime irakien, en particulier l'ancien président, pour crimes contre l'humanité".
Le communiqué dénonce ainsi les "crimes de l'ancien régime" évoquant notamment les "fosses communes", déplore que "les prisonniers koweïtiens et d'autres pays, aient été tués par le régime" déchu et demande que soient "jugés les auteurs" de ces crimes.
Le texte condamne par ailleurs "les attaques et actes de terrorisme qui visent des civils et policiers irakiens, ainsi que des employés d'organisations humanitaires, de l'ONU et des diplomates", mais ne fait pas directement référence aux attaques contre les soldats américains ou de la coalition menée par les Etats-Unis.
Les pays voisins de l'Irak font part de leur "soutien aux efforts" du conseil de gouvernement transitoire irakien pour "assumer ses responsabilités" et expriment le souhait de voir un "gouvernement irakien largement représentatif". Ils se félicitent également des "résolutions de l'ONU, en particulier la 1511, qui appellent à un calendrier précis pour le transfert des pouvoirs aux Irakiens".
"Aucune infiltration" depuis la Syrie
Dans une déclaration à l'AFP, le ministre irakien des affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a annoncé que son pays et plusieurs de ses pays voisins allaient former des commissions de sécurité bilatérales afin de contrôler l'infiltration en Irak de membres de groupes "terroristes". "Nous avons demandé à nos voisins de nous aider à contrôler les frontières de façon plus efficace pour empêcher les groupes terroristes d'entrer en Irak pour perpétrer des attentats terroristes et criminels", a ajouté M. Zebari.Ces pays voisins "ont donné une réponse positive". "La prochaine étape sera la formation de commissions de sécurité bilatérales réunissant l'Irak d'une part et la Syrie, l'Irak, la Jordanie, la Turquie, et peut-être l'Arabie saoudite d'autre part", a-t-il ajouté. Mais M. Chareh a réaffirmé à l'occasion de cette réunion qu'il n'y avait "aucune infiltration à partir du territoire syrien" vers l'Irak.
Le ministre jordanien des affaires étrangères, Marouan Moasher, a estimé pour sa part qu'il n'était pas possible d'évoquer un "retrait immédiat des forces d'occupation avant l'établissement d'une autorité représentative et un gouvernement fort qui prenne la situation en mains".
La prochaine réunion des voisins de l'Irak doit se tenir en Egypte avant le 30 juin, a affirmé à la presse le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmed Maher. La réunion de Koweït était la cinquième du genre après celle d'Istanbul (janvier 2003), de Riyad (avril 2003), de Téhéran (mai 2003) et de Damas (novembre 2003).
© Le Monde 2004