Le Monde
26 avril 2004
Par Marc RocheAprès l'attentat contre le terminal offshore de Bassora, dans le sud de l'Irak, les milieux maritimes se trouvent confrontés à l'hypothèse du scénario noir d'une campagne de bateaux-suicides contre les pétroliers acheminant les exportations de brut irakien. Face à la nouvelle menace, les primes d'assurance sur les superpétroliers chargeant des cargaisons dans le port d'Al-Basra (ex-Mina Al-Bakr) devraient tripler.
A court terme, cet attentat devrait entraîner une hausse des taux d'affrètement des superpétroliers, qui avaient fortement chuté en avril par rapport au sommet historique de février (90 000 dollars par jour). L'envolée devrait être alimentée par la ruée attendue, après l'attentat, des affréteurs - compagnies pétrolières et traders de l'or noir - sur les pétroliers. Les tarifs devraient donc fortement augmenter, comme cela avait été le cas lors des deux attaques précédentes similaires, contre le destroyer américain Cole, en octobre 2000, et contre le pétrolier français Limbourg, en 2002.
Les armateurs sont alarmistes. "Jusque-là, la situation dans le Sud irakien, sous contrôle britannique, était calme. Si d'autres navires marchands sont attaqués, la surprime d'assurance imposée pendant la guerre devrait être rétablie dans l'ensemble du golfe Arabo-Persique", insiste un armateur basé à Londres.
Cette attaque devrait, par ailleurs, accélérer le repli des opérateurs de porte-conteneurs (Inchcape, CMA, CGM...) basés à Al-Basra vers le Koweït, situé à 4 km du port irakien, voire vers Dubaï, le grand port de transbordement de la région. "La situation est revue chaque jour", indique un professionnel.
Malgré ses installations vétustes, le port d'Al-Basra est capable d'accueillir des navires déplaçant jusqu'à 300 000 tonnes, de la catégorie Suezmax et VLCC. Confié à la société Halliburton, le port est géré par la SOMO, bras commercial de la Compagnie nationale irakienne des hydrocarbures. La multiplication des opérations de sabotage contre les oléoducs dans le centre du pays, tout comme l'interruption du pompage du brut par l'oléoduc nord, qui aboutit au terminal turc de Ceyhan, sur la Méditerranée, ont accru l'importance stratégique de ce terminal. L'Irak est plus que jamais dépendant du terminal de Bassora par lequel transitent aujourd'hui 80 % des quelque 1,9 million de barils quotidiennement exportés.
Proie facile
Très vulnérables à une attaque terroriste, les pétroliers sont une proie facile dont la destruction aurait une grande portée symbolique. L'Organisation maritime internationale (OMI) a imposé à tous les tankers déplaçant plus de 500 tonnes de se conformer à un nouveau code de sécurité avant le 1er juillet 2004, faute de quoi ils se verront interdire l'accès aux ports. Parmi les mesures de protection nécessaires à l'obtention du certificat ISPS (International Ship and Port Facility Security) figurent la nomination d'un officier chargé de la sécurité, le renforcement des conditions d'accès à bord, l'installation de dispositifs de vidéosurveillance, l'amélioration de l'éclairage ou l'adoption d'un plan de sûreté sur chaque bâtiment.Selon des informations recueillies auprès de la Lloyds, la grande compagnie d'assurances britannique, le terminal aurait été totalement détruit si le tanker visé avait été totalement chargé. "Les armateurs ont tenu compte des nouvelles exigences. La balle est dans le camp des pays qui doivent améliorer le contrôle de leurs installations portuaires" : pour Peter Swift, directeur général d'Intertanko, l'organisation professionnelle des propriétaires de tankers, l'attaque du 24 avril montre combien les ports accueillant le trafic international sont le point faible de la lutte antiterroriste.
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